Webinaire sur la réduction des risques de catastrophes: « Les pays africains perdent chaque année 2 à 5 % de leur PIB à cause des phénomènes climatiques », selon Mme Langella Fanny

Le Réseau des Médias Africains pour la promotion de la Santé et l’Environnement (REMAPSEN) multiplie les initiatives pour comprendre les enjeux liés à l’environnement afin de mieux donner les informations saines et crédibles aux communautés. C’est ainsi que le REMAPSEN a organisé le mercredi 3 septembre 2025, un webinaire sur le thème « les enjeux économiques de la réduction des risques de catastrophes ». Une thématique d’actualité brûlante dans le continent africain et dans la région de l’Afrique subsaharienne qui subit d’ailleurs de plein fouet les effets du changement climatique. Avec les journalistes membres du REMAPSEN mobilisés, la conférencière du jour, Mme Fanny Langella, responsable de l’unité contenu et réseaux au bureau des Nations Unies pour la Réduction des Risques de catastrophes (UNDRR) n’a esquivé aucune question. Elle a étalé les efforts qui sont faits par l’UNDRR depuis sa création en 1999 pour passer de la gestion des catastrophes à la prévention des risques.

Dès l’entame de son intervention, Mme Fanny Langella a précisé que la vision globale actuelle de l’UNDRR est de briser le cycle des catastrophes, de perte, de reconstruction en se focalisant beaucoup plus sur la prévention des risques de catastrophes. En effet, la réduction des risques de catastrophes était au départ un programme au sein du Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques. Plus tard, il a été aperçu que la réduction des risques n’est pas qu’une réponse humanitaire, elle touche bien évidemment aux questions développement. C’est ainsi que l’UNDRR s’est attelé à coordonner et suivre la mise en œuvre des cadres internationaux pour la réduction des risques. La responsable de l’unité contenu et réseaux au bureau des Nations Unies pour la Réduction des Risques de catastrophes a en plus relevé que l’une des cibles du Cadre d’action de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe 2015-2030  définit sept objectifs clairs et quatre priorités d’action pour prévenir les nouveaux risques et réduire les risques de catastrophe existants : comprendre les risques de catastrophe;  renforcer la gouvernance des risques de catastrophe pour mieux les gérer ; investir dans la réduction des risques de catastrophe aux fins de la résilience ;  renforcer l’état de préparation aux catastrophes pour intervenir de manière efficace et pour « mieux reconstruire » durant la phase de relèvement, de remise en état et de reconstruction. Mme Langella d’ajouter que si on n’arrive pas à réduire les risques de catastrophes, c’est tous les efforts de développement qui se voient réduits à néant.

Impacts économiques des catastrophes sur les économies africaines

Les impacts économiques des catastrophes sur l’Afrique sont importants. Il s’agit entre autres de la destruction des infrastructures, de logements, du secteur agricole etc. selon Mme Langella, les pays africains perdent chaque année 2 à 5 % de leur PIB à cause des phénomènes climatiques. En plus de cela, il y a également d’autres risques non climatiques comme le tremblement de terre. Le véritable problème qui se pose par rapport à la gestion des risques sur le continent africain, est incontestablement l’insuffisance ou le manque des données liées aux catastrophes. Cela est dû, selon Mme Langella d’une part, à un manque de capacité au niveau des bureaux en charge de la production des données statistiques et d’autre part à d’autres facteurs tels que les méthodes de comptabilisation des pertes qui ne tiennent pas compte des certaines catastrophes produites à l’échelle d’un village. Alors que ce sont des catastrophes qui reviennent sans arrêt chaque année et érodent la capacité de résilience des communautés.

Le rôle des médias dans la réduction des risques de catastrophes

Les médias ont un rôle crucial à jouer parce qu’ils sont la capacité nécessaire pour mettre en lumière ce phénomène autour des catastrophes qui, chaque année, chaque saison se reproduise et vienne plonger les ménages dans un cercle vicieux de dette et de pauvreté continue. « Nous avons du mal à mesurer les pertes économiques par ce que le secteur informel est important. Au-delà des pertes directes qui affectent les foyers, les infrastructures, les moyens de production, il y’a aussi les pertes indirectes (perturbations des chaines d’approvisionnement ; baisse de la productivité etc.) », a expliqué Mme Langella. Ce sont là des coûts de reconstruction qui ne sont pas investis ailleurs, alors qu’on aurait pu construire une nouvelle route, une nouvelle école, un nouvel hôpital etc. Du coup, on observe de spirales négatives sur les ménages qui, pour survivre s’endettent, vendent leurs terres, retirent leurs enfants de l’école. Ce qui réduit encore plus leurs capacités de résilience et les rend plus vulnérables au prochain choc.

Par ailleurs, il y a la spirale de finances publiques avec des gouvernements qui doivent financer la réponse et la reconstruction. Cela augmente de leurs dettes et diminue de leur capacité d’investissement et impacte sur la croissance économique. Cette situation constitue un cercle vicieux qui entretient la pauvreté et la vulnérabilité structurelle. C’est dire que la question des pertes économiques liées aux catastrophes est une image complexe en Afrique et qui demande une approche nuancée qu’il convient d’explorer à des niveaux différents.

En définitive, Mme Langella a exhorté les pays africains à une connaissance et analyse des risques. Pour se faire, des données statistiques sur les pertes sont importantes pour une planification rigoureuse dans la modélisation des risques du futur et notamment sur les risques climatiques, étant donné que la perspective historique ne suffit plus pour une meilleure préparation des impacts à venir.

Hassane Daouda

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