Mutilations génitales féminines en Afrique de l’Ouest et du Centre : « Les MGF ne sont ni une affaire privée, ni un rite culturel de passage, et aucune raison médicale ne saurait les justifier », affirme Dr Sennen Hounton

La Journée internationale de la tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines (MGF) a été célébrée le 6 février dernier. A cette occasion, le Directeur régional de l’UNFPA pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Dr Sennen Hounton a prononcé un message dans lequel, il a clairement indiqué qu’en Afrique de l’Ouest et du Centre, cette date est bien plus qu’un simple rendez-vous du calendrier : c’est un moment de vérité pour les droits, la santé et l’avenir de millions de filles. Toutefois a-t-il précisé, « le fardeau de cette pratique est ressenti de manière disproportionnée en Afrique de l’Ouest et du Centre ». La région compte 17 des 27 pays africains les plus touchés. Compte tenu de cette concentration du risque, la région est au cœur de la réalisation de l’objectif mondial de zéro MGF a ajouté Dr Sennen Hounton. Selon lui, « les MGF ne sont ni une affaire privée, ni un rite culturel de passage, et aucune raison médicale ne saurait les justifier. Il s’agit d’une grave violation des droits humains, qui porte atteinte au droit des filles à la vie, à la santé et à l’intégrité physique, ainsi qu’à leur droit de vivre à l’abri de la discrimination fondée sur le genre, de la torture et des traitements cruels, inhumains ou dégradants ». Les séquelles psychologiques de cette pratique marquent toute une vie et touchent actuellement plus de 230 millions de femmes et de filles en vie affirme le directeur régional de l’UNFPA pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre. « Chaque année, 4 millions de filles supplémentaires sont exposées au risque, dont la moitié ont moins de cinq ans », , indique Dr Sennen Hounton. « Si nous n’accélérons pas nos actions dès maintenant, on estime que 23 millions de filles supplémentaires subiront des MGF d’ici 2030, les laissant sans protection ni espoir » alerte le directeur régional de UNFPA. Certes des progrès ont été enregistrés, mais Dr Sennen Hountou estime que « la moitié des avancées des 30 dernières années ayant eu lieu au cours de la dernière décennie reste insuffisante ». C’est pourquoi selon lui, pour atteindre la cible des Objectifs de développement durable (ODD) d’ici 2030, le taux de recul de la pratique doit être 27 fois plus rapide. « Concrètement, cela signifie que chaque année, nous devons protéger 4 millions de filles qui, selon les projections actuelles, risquent de subir cette pratique néfaste, précise Dr Sennen Hounton. Le directeur régional de UNFPA s’est ensuite appesanti sur la diminution des financements mondiaux. L’inaction selon lui a un coût bien réel. « Le traitement des complications sanitaires liées aux MGF coûte chaque année 1,4 milliard de dollars aux systèmes de santé — un montant appelé à augmenter si l’élimination de la pratique n’est pas atteinte ». À l’inverse a-t-il expliqué, l’argument économique est clair. « Investir 1 dollar pour mettre fin aux MGF génère un retour sur investissement de 10 dollars, grâce aux économies substantielles en matière de santé et aux gains transformateurs en éducation et en productivité lorsque les filles sont protégées. Un investissement mondial de 2,8 milliards de dollars permettrait d’éviter que 20 millions de filles et de femmes ne subissent les MGF, tout en générant près de 28 milliards de dollars de bénéfices économiques ». Pour Dr Sennen Hounton, il est clair qu’il n’y a pas de fin aux MGF sans investissement. « En garantissant des financements durables et flexibles, nous pouvons permettre aux mouvements communautaires de renforcer leur impact et de provoquer un changement durable au sein des communautés » a soutenu le directeur régional de UNFPA. Pour Dr Sennen Hounton, en Afrique de l’Ouest et du Centre, nous devons briser les silos : intégrer la prévention des MGF dans les programmes de santé, d’éducation et de développement économique ; diversifier les sources de financement : renforcer les ressources nationales, explorer des mécanismes de financement innovants et mobiliser le secteur privé ; investir dans l’innovation : utiliser la technologie pour atteindre les communautés les plus reculées et garantir qu’aucune fille ne soit laissée pour compte. Il a ensuite souligné la force du partenariat avec le Programme conjoint UNFPA–UNICEF lancé en 2008, et qui intervient dans 18 pays, dont 8 en Afrique de l’Ouest et du Centre, afin de tenir la promesse mondiale de mettre fin aux MGF d’ici 2030, conformément à la cible 5.3 des Objectifs de développement durable. Il a annoncé qu’à ce jour, « cette collaboration a permis de protéger 1 137 000 filles âgées de 0 à 14 ans contre les MGF, d’amener plus de 50 millions de personnes dans 21 700 communautés à déclarer publiquement l’abandon de la pratique, et de fournir des services essentiels de protection et de prise en charge à plus de 7 millions de femmes et de filles ». Pour le directeur régional de UNFPA, il s’agit d’un appel à l’action pour chaque membre de la société — femmes et hommes, filles et garçons, familles, leaders traditionnels et religieux, gouvernements et secteur privé — afin qu’ils mettent leur influence et leurs compétences au service d’un avenir sans MGF.

Fatouma Idé

Laisser un commentaire