Santé mondiale : La nouvelle stratégie des EU fait encore couler beaucoup d’encre
Des journalistes issus de plusieurs médias africains, ont échangé, le jeudi 4 juin dernier, pendant près de deux heures d’horloge avec deux éminentes spécialistes de la géopolitique sanitaire mondiale, Mme Stéphanie Tchiombiano, maîtresse de conférence associée au département de sciences politiques de l’Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne et Mme Ida Rose Ndione, Directrice régionale des programmes Amref Health Africa, West Africa. C’était au cours d’un webinaire organisé par le Réseau des Médias Africains pour la promotion de la santé et de l’Environnement sur le thème : Nouvelle géopolitique sanitaire mondiale, quels enjeux pour l’Afrique.
Un thème d’actualité que Mme Tchiombiano a abordé avec les récentes décisions américaines en matière de santé mondiale avant de se prononcer sur quelques-uns des enjeux qu’elle estime particulièrement importants aujourd’hui pour les États africains de manière globale. Il s’agit selon elle « des enjeux de représentation sur la scène internationale, des enjeux d’accès aux produits de santé en particulier, des enjeux de financement et in fine, ce qui résume finalement un peu l’ensemble, des enjeux de souveraineté ».Pour appuyer son idée, Mme Tchiombiano a rappelé « des besoins en matière de santé qui sont croissants au niveau global avec une population qui va plus que doubler d’ici 2100. Et qui va représenter d’ici 2100 à peu près 37% de la population mondiale contre 18% à peu près aujourd’hui ».En somme, selon elle, « on va avoir vraiment des enjeux sanitaires qui sont extrêmement importants, des besoins aussi accrus pour les politiques d’adaptation et d’atténuation aux changements climatiques, sans compter tous les enjeux humanitaires aussi potentiels en matière de santé au niveau global ». Mme Stéphanie Tchiombiano indique également « qu’on a un contexte international de reconfiguration des rapports de pouvoir aujourd’hui et de fragilisation du multilatéralisme, avec notamment une remise en question en ce moment de l’architecture mondiale de la santé, qui jusqu’alors est très organisée autour de l’Organisation mondiale de la santé ». Mais ces derniers temps a-t-elle affirmé, « l’ensemble de l’architecture de la gouvernance mondiale de la santé a été très largement remise en question, et notamment suite aux décisions récentes des États-Unis, et notamment de la décision des États-Unis de se retirer de l’OMS, avec plusieurs arguments.Mme Stéphanie Tchiombiano s’est beaucoup appesantie sur les raisons avancées par les EU pour se retirer de l’OMS ainsi que les conséquences surtout financières de ce retrait sur l’OMS. Selon elle, les États-Unis représentent à peu près 20 % du budget de l’OMS. « Donc, ça a obligé déjà dans les pays à une restructuration, des licenciements, des décisions qui ont dû être prises en la matière, et puis aussi à des budgets beaucoup moins disponibles ». Evoquant la crise Ebola en ce moment au Congo, elle pense que cette décision a eu aussi un effet indirect. A tout cela s’ajoute selon Mme Tchiombiano, la décision de l’Argentine elle aussi, de quitter l’Organisation mondiale de la santé. « D’autres pays, d’ailleurs, ont évoqué la possibilité de le faire à nouveau ».Elle ajoute ensuite que quelques mois plus tard, en septembre 2025, « les États-Unis ont publié une nouvelle stratégie américaine en matière de santé mondiale qui s’appelle la stratégie « America First ». Pour Mme Tchiombiano, « cette stratégie, elle a été très importante, d’abord parce que, juste après le départ de l’OMS et dans la liste de toutes les décisions qui ont été prises par le gouvernement américain, il y avait notamment le gel de plus de 90 % des financements de l’USAID et la décision de suspendre un grand nombre de financements bilatéraux américains sur la scène internationale ». Parlant du titre de cette stratégie, « America First Global Health Strategy, elle affirme « qu’il y a vraiment cette logique dans la nouvelle stratégie de travailler avec d’autres types d’acteurs et notamment avec des acteurs confessionnelsAinsi selon toujours Mme Stéphanie Tchisombiano, un certain nombre de protocoles d’accord ont été signés avec un grand nombre de pays. « À ce jour, il y en a 32 qui ont été signés au niveau global. Les choses se sont passées extrêmement rapidement entre la signature des toutes premières conventions et puis la publication de la nouvelle stratégie. Globalement, le volume de financement de ces nouvelles conventions est inférieur aux accords qui avaient été passés jusqu’alors avec les pays. Donc, on a une diminution des volumes au niveau global », a-t-elle conclu.C’est dire que la nouvelle stratégie américaine en santé mondiale continue de faire couler beaucoup d’encre.
I Fatouma



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