Pêche des petits poissons au Niger, un danger à long terme selon le président de l’APPN
La capture des petits poissons continue d’inquiéter les professionnels de la pêche au Niger. Même si cette pratique permet à certains acteurs de réaliser des gains immédiats, ses conséquences sur le renouvellement des ressources halieutiques sont lourdes. A cet effet, M. Ousmane Zakari, président de l’Association des pêcheurs professionnels du Niger (APPN) avec qui nous avons échangé sur ce sujet, particulièrement à Niamey, tire la sonnette d’alarme et appelle à une application rigoureuse de la réglementation ainsi qu’à un meilleur accompagnement du secteur halieutique au Niger.La pêche des poissons juvéniles est un phénomène qui constitue aujourd’hui l’un des principaux facteurs de raréfaction du poisson dans le fleuve Niger. Pourtant, rappelle le président de l’APPN, une loi adoptée en 2010 interdit cette pratique. « Le problème n’est pas l’absence de textes, mais leur application », estime-t-il, regrettant que les contrôles restent insuffisants malgré l’existence de dispositions légales qui régisse le secteur.Pour le M. Ousmane Zakari, cette pratique ne relève pas d’une stratégie de survie. Elle traduit plutôt un manque de vision à long terme. « En capturant les petits poissons aujourd’hui, nous détruisons les stocks de demain », fait-il savoir. Il rappelle qu’autrefois, les pêcheurs évitaient de prélever des poissons de faible taille afin de préserver le cycle naturel de reproduction, mais aujourd’hui, cet esprit de conservation tend à disparaitre et les espèces halieutiques sont menacées. « On ravitaille la capitale en poisson depuis la région et autres alors que nous avons le fleuve ici », regrette-t-il, tout en précisant que cette vulnérabilité est souvent dû à la pratique de la pêche des petits poissons Face à cette situation, l’APPN dit avoir multiplié les campagnes de sensibilisation auprès des communautés de pêcheurs afin de promouvoir une exploitation durable des ressources halieutiques. En effet, selon le président de l’APPN, cette association, qui regroupe plus de 500 groupements de pêcheurs à travers le pays, a été créée précisément pour défendre une pêche responsable.Ousmane Zakari se montre particulièrement préoccupé par les perspectives d’avenir. Pour lui, si rien ne change, avertit-il, les ressources halieutiques pourraient fortement diminuer dans les prochaines décennies. La capture des alevins et même des œufs de poissons, rendue possible par l’utilisation de filets à mailles serrées, compromet selon lui le renouvellement naturel des espèces.Le président de l’APPN attire également l’attention sur d’autres difficultés qui fragilisent le secteur, notamment l’ensablement progressif du fleuve, le manque d’infrastructures, l’insuffisance de formations destinées aux jeunes pêcheurs et le faible accompagnement des pouvoirs publics pour mieux cadrer le secteur.
Nécessité de miser sur la prévention et l’accompagnement

Pour inverser la tendance, l’APPN plaide en faveur d’une application stricte des textes réglementaires, d’un renforcement des contrôles sur le terrain et d’investissements en faveur de la pêche artisanale. L’association souhaite également que les pêcheurs soient davantage associés aux décisions concernant secteur de la pêche.Au-delà de l’aspect économique, Ousmane Zakari rappelle que la préservation des ressources halieutiques constitue un enjeu de sécurité alimentaire. Dans un contexte où le poisson représente une source essentielle de protéines pour de nombreux ménages nigériens, protéger les jeunes poissons revient, selon lui, à préserver l’avenir de toute une filière.Pour l’APPN, la lutte contre la pêche des petits poissons ne pourra produire des résultats durables qu’à travers une action concertée entre l’État, les services techniques et les communautés de pêcheurs, afin de garantir une exploitation responsable du fleuve et de ses ressources.
Moumouni Amadou Yacouba



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