Nouvelle géopolitique sanitaire mondiale : le REMAPSEN ouvre le débat sur les enjeux pour l’Afrique

Face aux bouleversements qui secouent la gouvernance mondiale de la santé, le Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN) a organisé, le 4 juin 2026, un webinaire consacré au thème « Nouvelle géopolitique sanitaire mondiale : quels enjeux pour l’Afrique ? ». Animée par Mme Stéphanie Tchiombiano, Maîtresse de conférences associée au département de science politique de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et Mme Ida Rose Ndione, Directrice régionale des programmes d’Amref Health Africa en Afrique de l’Ouest, cette rencontre virtuelle présidée par M. Bamba Youssouf, président du REMAPSEN a réuni plusieurs professionnels des médias africains autour des défis sanitaires mondiaux et de leurs répercussions sur le continent.
Dès l’ouverture des échanges, le président du réseau des médias africains pour la promotion de la santé et l’environnement, REMAPSEN a rappelé que ce webinaire est motivé par la volonté du conseil d’administration de faire prendre conscience par les journalistes africains que le traitement des questions liées à la santé ne doit pas uniquement se baser sur le volet médical, mais doit également s’intéresser aux autres enjeux géostratégiques tels que l’environnement, la politique sanitaire, la gouvernance, l’économie etc. Les modératrices ont rappelé que le monde traverse une période de profondes mutations géopolitiques marquées par l’affaiblissement du multilatéralisme, la montée de nouvelles puissances sanitaires et les leçons laissées par la pandémie de Covid-19. Dans ce contexte, l’Afrique est appelée à repenser sa souveraineté sanitaire, son accès aux médicaments et sa place dans les grandes négociations internationales.
Des enjeux géopolitiques et défis souveraineté sanitaire
Prenant la parole, Mme Stéphanie Tchiombiano a expliqué que le retour de Donald Trump à la Maison Blanche et la nouvelle doctrine américaine ont profondément bouleversé la gouvernance mondiale de la santé. Selon elle, le retrait officiel des États-Unis de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) fragilise considérablement le système multilatéral, d’autant plus que Washington représentait environ 20 % du budget de l’institution.Elle a également évoqué les critiques américaines contre l’OMS, accusée d’avoir favorisé la Chine dans la gestion et le partage des données sanitaires durant la pandémie de Covid-19. L’universitaire a souligné que cette situation pourrait avoir de lourdes conséquences sur les pays africains, notamment en matière de prévention, de gestion des épidémies et surtout l’accès aux vaccins.Pour Mme Tchiombiano, la santé mondiale est désormais interconnectée et les crises sanitaires ne peuvent plus être gérées de manière isolée. En effet, les changements climatiques, les crises humanitaires et les inégalités d’accès aux soins imposent, selon elle, de nouvelles stratégies de coopération. Elle a par ailleurs rappelé que la population africaine pourrait représenter près de 37 % de la population mondiale d’ici 2100, renforçant ainsi l’urgence de repositionner le continent dans les politiques sanitaires internationales.Abordant la question de la souveraineté sanitaire, elle a indiqué que plusieurs pays africains cherchent aujourd’hui à mieux protéger leurs intérêts, notamment en exigeant un accès équitable aux résultats des recherches scientifiques et aux médicaments avant tout partage de données sanitaires. Elle a également salué la directive de la CEDEAO invitant les États membres à consacrer au moins 15 % de leurs budgets nationaux à la santé, même si peu de pays respectent encore cet engagement.
Des difficultés financières et défis majeurs
De son côté, Mme Ida Rose Ndione a rappelé que dans le contexte actuel, la santé n’est pas seulement un enjeu social et technique, mais surtout un lier de développement et stratégique de souveraineté. Elle a mis en lumière les difficultés de financement des systèmes sanitaires africains. Elle a rappelé que plus de 50 % des dépenses de santé reposent encore sur les ménages, contre seulement 21 % pour les pouvoirs publics africains et environ 24 % pour les partenaires internationaux.Face à cette réalité, elle a plaidé pour le renforcement de la couverture sanitaire universelle et la mutualisation des achats de médicaments entre pays africains afin de réduire les coûts et améliorer l’accès aux produits pharmaceutiques. Selon elle, des initiatives régionales pourraient permettre aux États africains de peser davantage sur le marché du médicament. Mettant l’accent sur les défis actuels, dont particulièrement au Sénégal, Mme Ida Rose a indiqué que plusieurs défis majeurs sont à noter. Ils sont entre autres, le renforcement de la promotion de la santé et de la prévention, le développement de l’industrie pharmaceutique locale, le renforcement de la gouvernance du secteur à tous les niveaux, la digitalisation du système de santé et d’action sociale. Parmi les défis figurent également la disponibilité permanente des médicaments et produits d’importances vitales au dernier kilomètre, le renforcement de la production sociale en santé avec la SEN CSU, l’augmentation et le rééquilibrage des ressources financières la mise aux normes des structures sanitaires etc. Les échanges ont également mis en évidence la forte dépendance du continent à l’aide internationale, notamment dans le domaine vaccinal. Une situation qui reste préoccupante alors que certaines régions d’Afrique continuent de faire face à des épidémies comme Ebola en République démocratique du Congo.À travers ce webinaire ayant duré près de deux heures de temps, le REMAPSEN réaffirme sa volonté de placer les médias africains au cœur des débats sur la santé mondiale, tout en encourageant une réflexion collective sur les défis géopolitiques et sanitaires auxquels l’Afrique devra faire face dans les années à venir afin de garantir sa souveraineté sanitaire.
Moumouni Amadou Yacouba



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